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2007-09-19
Authentique partenariat?
Selon le Petit Robert…
Partenaire : Collectivité avec laquelle une autre collectivité à des relations, des échanges.
Partenariat : Association d’entreprises, d’institutions en vue de mener une action commune.
Que de beaux mots utilisés à tout vent depuis quelques années lorsque l’on parle de la forêt privée et de ses propriétaires. L’industrie et le milieu municipal sont des partenaires des propriétaires dans les agences forestières régionales, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune est un partenaire de développement de la forêt privée, les entrepreneurs forestiers et les groupements sont des partenaires économiques en forêt privée, etc.
Parlons-en du partenariat!
En se référant aux définitions du Petit Robert, on serait porté à croire que le partenariat est la meilleure chose qui soit, ce qui paraît vrai. Mais pour cela, il faudrait que les partenaires se respectent entre eux. Or, depuis quelques temps, le partenariat avec les propriétaires de la forêt privée est en chute libre.
L’industrie qui se prétend un partenaire des propriétaires forestiers d’une grande valeur annonce des fermetures d’usines sans même prévenir les producteurs de ses suspensions d’achats. À titre d’exemple, en août 2006, la compagnie Louisiana Pacific annonçait la fermeture de ses installations à Saint Michel des Saints sans préavis laissant ainsi les producteurs de la région de Lanaudière avec des inventaires de bois dont la dimension était exclusive à cette entreprise. Dans ce dossier, la compagnie n’a posé aucun geste en support aux producteurs qui ont dû assumer des pertes de volumes de plusieurs milliers de dollars. Plus récemment, certaines compagnies qui étaient approvisionnées par des producteurs privés se sont placées sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité en laissant de nombreux producteurs non payés pour des volumes de bois pourtant récoltés et livrés de bonne foi. D’autres encore comme Abitibi Consolidated, cessent complètement leurs achats avec les producteurs privés sous prétexte que ce bois est trop dispendieux. Le même phénomène se produit dans l’est du Québec avec la compagnie Uniboard qui a décidé d’acheter le bois au Nouveau Brunswick laissant les producteurs de ce coin de la province sans marché. Le même phénomène se présente dans les produits non ligneux avec Bioxel Pharma qui s’approvisionne ailleurs dans le monde après avoir obtenu de l’aide financière du gouvernement provincial et après avoir promis de beaux projets au Québec. Et après cela, ça s’appelle des partenaires…
Eh! non, le milieu municipal n’est pas blanc lui non plus! Dans la foulée de la création des agences forestières en 1996, les municipalités s’étaient vues confier le mandat d’assurer la protection du couvert forestier. Pour ce faire, elles devaient développer un cadre réglementaire qui assurerait la population de la pérennité de la forêt et les propriétaires forestiers de leur droit de produire. Qu’en est il aujourd’hui? Plusieurs municipalités n’ont rien fait. D’autres ont carrément exagéré en adoptant des règlements rendant la récolte d’arbres tellement compliquée administrativement que les propriétaires ont renoncé à intervenir dans leur boisé. Évidemment, ces décisions municipales ne sont pas sans conséquence. Naturellement la forêt ne se régénère pas toujours bien. Si des interventions de récolte régulière étaient exécutées selon les bonnes pratiques, nous aurions une forêt en santé captant des gaz à effets de serres en quantité importante, un paysage très intéressant, une eau mieux filtrée, une activité économique stable et des usines compétitives. Ainsi, l’industrie de la transformation qui utilise les billes de bois que nous récoltons dans nos forêts aurait de l’approvisionnement stable et normal près de leur installation et du bois de qualité à prix compétitifs. Les milliers d’emplois qui se perdent depuis quelques mois seraient probablement sauvés par l’activité en forêt privée. Bref, la réglementation municipale doit être un incitatif à améliorer la forêt et non un empêchement à réaliser des interventions.
Et les autres partenaires soit disant économiques, le sont-ils vraiment? On peut en douter dans certains cas. En effet, quelques entrepreneurs forestiers n’ont aucune gêne pour récolter la forêt sans égard aux différents impacts de leurs interventions. Pensons aux grandes superficies coupées en totalité. Bien que nous en retrouvions de moins en moins, il y en a encore trop pour servir les friands d’images d’activités forestières malsaines. Malheureusement, je n’ai jamais vu une municipalité ou un environnementaliste citer une intervention forestière de qualité. Pourtant nous savons tous qu’il s’en fait des milliers d’hectares de grandes qualités, car les groupements et les conseillers forestiers appuient les propriétaires aménagistes dans l’amélioration des boisés. Nous n’avons jamais vu un élu municipal nous démontrer des travaux sylvicoles effectués dans son parc régional en affirmant que cela est de la vraie foresterie ou un militant vert soutenir que les bons forestiers sont nettement plus nombreux que les pilleurs. On préfère le sensationnalisme à la réalité forestière.
L’authentique partenariat viendra le jour où l’ensemble des gens et des industries du milieu comprendront son vrai sens. Le jour où l’industrie échangera sur ses vrais problèmes avec ses fournisseurs de bois de la forêt privée sera porteur de développement durable et d’avenir économique à long terme. Le jour où une municipalité consultera tous ses contribuables pour élaborer une stratégie de protection et d’amélioration du couvert forestier sera un jour porteur de développement durable. Le jour où tous les entrepreneurs forestiers adopteront une attitude respectueuse de la forêt, des animaux qui y vivent, des gens qui en vivent et de la population qui en bénéficie sera également un jour porteur de développement durable.
En attendant, c’est la loi de la jungle. Celui qui se croit le plus fort fait automatiquement du mal à son entourage en espérant gagner quelques points, mais il en sort tellement affaibli que tous finissent par mourir à petit feu. Et ce seront les étrangers qui empocheront nos bénéfices.
Armand Plourde
Directeur général

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